Bienvenue à Loch Guemener
Chez nous, on n'a pas le choix.
Tu en crèves, ou tu mènes une vie de merde.
Mon grand-père, il en est crevé. Car fallait bien ramener de l'argent pour la famille, et les banquiers se foutent de la météo. Il avait fait les dernières virées au Groenland et mon vieux disait qu'il avait été un des derniers aussi à monter dans les huniers, car les jeunes ne pouvaient pas. Fatal, dégueuler le rhum de là haut,il n'y en avait plus beaucoup qui étaient volontaires. Et puis, quand Terre-neuve fut passé de mode, il a acheté son bateau, à lui. Une espèce de barcasse de dix mètres de long qu'on appelait chalutier, l'Alouette bleue. Un chalutier ! Ca me fait rire. Pour le payer, il a fait une sortie de trop. Force cinq et des creux comme ça, mais il en avait vu d'autres là-bas. Sauf que la crémaillère s'est coincée avec le filet au bout, il y a eut de la gîte, une lame a balayé le pont et mon grand-père l'a suivie. C'est le mousse qui a ramené le bateau comme il a pu. En arrivant, le gamin est descendu sur le port, il s'est saoulé pendant trois jours et il a pris le car. On ne l'a jamais revu. Si tu viens à Loch Guemener, tu passes fatalement à un rond point en venant de Lorient. En plein milieu, il y a un bateau peint en blanc, c'était celui de mon grand-père. Je n'ai jamais compris comment il avait fini, là, entouré de géraniums. Mystère. Sur les flancs ils ont écrit : "Bienvenue à Loch Guemener".
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